Mélanome
Mélanome : symptômes et traitement de la maladie
« Melanos »=noir / suffixe « ome »=tumeur
Le mélanome est une forme rare et pourtant la plus sévère des cancers de la peau [1].
Comme dans tout cancer, des cellules initialement normales se multiplient abondamment de façon inhabituelle. Dans le cas du mélanome, ce sont les mélanocytes qui sont touchés [1].
Les mélanocytes sont les cellules de la peau qui synthétisent la mélanine, un pigment qui donne sa couleur à la peau [1].
La peau est constituée de trois couches reposant sur une membrane basale : l’épiderme qui protège du soleil, le derme qui nourrit et soutient la peau et l’hypoderme qui permet de stocker la graisse. C’est dans l’épiderme, la couche la plus externe, qu’on trouve les mélanocytes [1].
Épidémiologie
À l’échelle mondiale, l’incidence du mélanome est la plus forte en Australie, en Amérique du Nord et en Europe [2].
Le mélanome est le cancer dont le nombre annuel de nouveaux cas augmente le plus :
Avec une augmentation de 10 % par an depuis 50 ans [1], on estime qu’il y a environ :
Le mélanome cutané a vu son nombre de nouveaux cas tripler entre 1980 et 2005 [4].
Le mélanome représente la forme la plus agressive des cancers de la peau :
Rare (4% de la totalité des cancers cutanés), il est pourtant responsable de 80% des décès liés aux cancers de la peau [5].
.
Le nombre de décès en France dû au mélanome cutané dépasse les 1500 par an [3] [4].
On estime à plus de 20000 le nombre de décès annuels dus au mélanome, dans toute l’Europe [4].
Facteurs de risques
Les UV sont les principaux responsables de mélanome
70% des cas sont liés à des expositions excessives (coups de soleil importants) dans le passé [1].
5 à 10% concernent plutôt les personnes de plus de 50 ans à la suite d’expositions répétées aux rayons ultraviolets [1].
L’immunosuppression représente un autre facteur de risque exogène important [6].
Il existe également de nombreux facteurs endogènes ou prédispositions au mélanome comme [4] :
les antécédents familiaux ou personnels de mélanome ;
les grains de beauté (ou nævus) atypiques et/ou nombreux ;
le phototype cutané, c’est-à-dire le type de peau (blanche, mate, noire…).
Prévention de la maladie
Pour réduire les risques :
Quelques précautions
Se couvrir la tête et protéger les yeux [4] [7]
Éviter les expositions prolongées au soleil [4] [7]
Éviter le soleil entre 10h et 16h [4] [7]
Ne pas oublier de mettre de la crème solaire [4] [7]
Faire attention aux enfants : les coups de soleil au plus jeune âge entrainent plus de risques de cancer de la peau [4] [7]
S’auto-surveiller régulièrement avec un miroir de poche [8]
Pour détecter le mélanome :
Plus tôt le mélanome est détecté, meilleures seront les chances de guérison [8]. Il est donc conseillé de surveiller et mesurer l’évolution des grains de beauté chaque mois selon plusieurs critères, regroupés sous l’appellation « ABCDE » [9] :

Des visites régulières chez un dermatologue sont néanmoins indispensables afin d’écarter tout risque de mélanome.
Symptômes de la maladie
Les grains de beauté sont responsables de seulement 20% des cas de cancer, et les mélanomes se développent le plus souvent à même la peau sous la forme d’une tache pigmentée qui ressemble à un grain de beauté [1].
Le mélanome cutané se manifeste sous différentes formes [1] :
Le mélanome superficiel extensif (70 à 80 %)
- Il est lié à des coups de soleil importants dans le passé.
- Il apparaît en général sur le torse des hommes et sur les mollets et le dos des femmes [10].
- Il se caractérise principalement par des bords irréguliers [10].
Le mélanome de Dubreuilh (5 à 10 %)
- Il est lié à des expositions répétées aux rayons ultraviolets.
- Il se manifeste le plus souvent chez les personnes âgées de plus de 50 ans.
Le mélanome nodulaire
- C’est le type de mélanome dont la croissance est la plus rapide.
- Il peut atteindre toutes les parties de la peau, y compris les régions non exposées au soleil.
- Il se caractérise par une pigmentation allant du marron foncé/noir au gris-bleu, voire une absence de pigmentation [10].
Le mélanome acrolentigineux ou mélanome des extrémités (10%)
- Il siège sur la paume des mains, la plante des pieds ou sous les ongles.
- Il se manifeste le plus souvent chez les personnes qui ont la peau foncée.
Si cette pathologie touche principalement la peau, elle peut également atteindre les yeux [11], les muqueuses [11] et les méninges [12].
Complications
Les cellules cancéreuses peuvent se détacher de la tumeur et emprunter les vaisseaux sanguins ou les vaisseaux lymphatiques pour aller envahir d’autres parties du corps comme les ganglions lymphatiques proches de la tumeur, les poumons, le foie, la peau ou le cerveau. Les nouvelles tumeurs qui se forment alors s’appellent des métastases [1].
Bien que les chances de survie à 5 ans soient réduites à 54% si les ganglions lymphatiques sont touchés, le pronostic reste excellent pour les mélanomes pris en charge précocement et traités correctement [8].
Traitement et prise en charge
Les objectifs du traitement sont de [1] :
supprimer la tumeur et les métastases associées ;
réduire le risque de récidive ;
ralentir le développement de la tumeur ou des métastases ;
traiter les symptômes engendrés par la maladie.
Une fois qu’un mélanome est détecté, la prise en charge s’effectue en plusieurs étapes [1] :
Une première chirurgie dite « exérèse diagnostique » servant à confirmer la présence d’un mélanome a lieu, suivie d’une seconde intervention chirurgicale, appelée cette fois « exérèse élargie à but thérapeutique ». Cette deuxième opération consiste à enlever la tumeur ainsi que de larges marges de peau autour afin d’éviter toute récidive et est habituellement réalisée en ambulatoire, c’est-à-dire en une seule journée d’hospitalisation [1].
L’intervention dure en général moins d’une heure et s’effectue sous anesthésie locale. Si des ganglions doivent être retirés, une anesthésie générale est alors effectuée, ce qui peut prolonger la durée d’opération et d’hospitalisation. A la suite de l’intervention, une analyse au microscope des tissus cutanés enlevés est effectuée afin d’évaluer l’étendue de la maladie et de décider si la chirurgie doit être complétée ou non par l’une des thérapies adjuvantes suivantes [1] :
L’immunothérapie est un traitement qui vise à stimuler les défenses immunitaires de l’organisme contre les cellules cancéreuses. Elle est administrée par des injections en sous-cutanée ou en intraveineuse [1].
La chimiothérapie cytotoxique est un traitement systémique qui agit dans l’ensemble du corps. Grâce à ce procédé toutes les cellules cancéreuses seront touchées quelle que soit leur localisation, même si elles sont isolées et n’ont pas été détectées lors du diagnostic. Les médicaments de chimiothérapie agissent sur les mécanismes de division cellulaire [1].
Les thérapies ciblées sont des chimiothérapies hautement spécifiques agissant sur certains types cellulaires tumoraux (porteurs de certaines mutations dans le cadre du mélanome) en inhibant la signalisation cancéreuse [13].
La radiothérapie se sert de rayonnements produits par un accélérateur de particules et dirigés en faisceau vers la zone à traiter. Ce procédé empêche les cellules cancéreuses de se multiplier ce qui entraine à long terme leurs destruction tout en préservant les tissus sains et les organes avoisinants [1].
Le suivi [14]
Après un premier mélanome, un suivi clinique est nécessaire tous les 3-6 mois, puis tous les 6-12 mois (ou moins pour les cas les moins graves). En effet, 8% des patients ayant déjà eu un diagnostic de mélanome développent un mélanome secondaire dans les 2 ans.
[1] Les traitements du mélanome de la peau, collection Guides de référence Cancer info, INCa, octobre 2010.
[2] Parkin DM, Bray F, Ferlay J, Pisani P. Global cancer statistics, 2002. CA Cancer J Clin 2005 ;55(2):74-108.
[3] Ferlay J, Parkin DM, Steliarova-Foucher E. Estimates of cancer incidence and mortality in Europe in 2008. Eur J Cancer 2010 ;46(4):765-81.
[4] « Rayonnements ultraviolets et risques de cancer » : Direction de la santé publique, département prévention, Institut National du Cancer, juillet 2010, www.e-cancer.fr accédé le 10/10/11.
[5] Miller AJ, Mihm MC Jr. Melanoma. N Engl J Med 2006 ;355(1):51-65.
[6] van Leeuwen MT, Webster AC, McCredie MR, et al. Effect of reduced immunosuppression after kidney transplant failure on risk of cancer : population based retrospective cohort study. BMJ 2010 ;340:c570. doi : 10.1136/bmj.c570.
[7] Preventing skin cancer among young people. CDC’s guidelines for school health programs. Centers for Disease Control and Prevention. http://www.cdc.gov/healthyyouth/ski... accédé le 10/10/11.
[8] Eigentler TK, Caroli UM, Radny P, Garbe C. Palliative therapy of disseminated malignant melanoma : a systematic review of 41 randomised clinical trials. Lancet Oncol 2003 ;4:748-59
[9] Abbasi NR, Shaw HM, Rigel DS, et al. Early diagnosis of cutaneous melanoma – Revisiting the ABCD criteria. JAMA. 2004 ;292(22):2771-6
[10] DeVita VT, Hellman S, Rosenberg SA. Cancer : principles & practice of oncology, 7th edition. Philadelphia, PA : Lippincott Williams & Wilkins ;2005.
[11] Kim HS, Kim EK, Jun HJ, et al. Noncutaneous malignant melanoma : a prognostic model from a retrospective multicenter study. BMC Cancer. 2010 Apr 28 ;10:167
[12] Smith AB, Rushing EJ, Smirniotopoulos JG. Pigmented lesions of the central nervous system : radiologic-pathologic correlation. Radiographics. 2009 ;29(5):1503-24.
[13] Algazi AP, Soon CW, Daud AI. Treatment of cutaneous melanoma : current approaches and future prospects. Cancer Manag Res. 2010 ;2:197-211
[14] Dummer R, Hauschild A, Pentheroudakis G. Cutaneous malignant melanoma : ESMO clinical recommendations for diagnosis, treatment and follow-up. Ann Oncol 2009 ;20 (Suppl 4):iv129-31

